La conservation du vin peut parfois réserver des surprises. Si certaines ont pu laisser un goût amer au sortir de la cave, il en est d'autres qui ont ravi le palais des sommeliers les plus avertis. En l'occurrence, les grands crus des années se terminant par 9 ont fait jaser nombre d'amateurs quant à leur excellence inattendue. Il subsiste autour de la dive bouteille une aura de mystère que certains tentent de dissiper à grands renforts de rigueur scientifique. Au Bonheur du Vin vous dévoile, par cet extrait du Figaro, quelques ébauches d'explications sur l'histoire étonnante de ces brillants millésimes transcendés par le 9.   


"Etudions de plus près le millésime 1959, désormais mythique, mais qui n’a gagné ses lettres de noblesse qu’à partir de 1972.

Contre toute attente, tous les vins de ce millésime, nés alors que de Gaulle venait de s'installer à l'Élysée après la première élection au suffrage universel, sont superbes de jeunesse et de sève. Les premiers crus, comme Latour ou Lafite-Rothschild sont grandissimes, les autres, comme Beychevelle, Chevalier ou Mouton-Rothschild (qui accédera à la consécration suprême en 1973), ne leur cèdent en rien, tout comme de nombreux autres crus à Bordeaux, en Bourgogne ou même en Champagne où la dégustation d'un Moët-et-Chandon était encore il y a peu, très émouvante. 

qui soulignait à la fois l'acidité basse du millésime et les vendanges abondantes, deux facteurs considérés comme rédhibitoires. Ce n'est vraiment que vers 1972 que le millésime 1959 s'est imposé parmi les grands. Selon l'idéologie dominante de l'époque, un vin ne pouvait pas être bon à la fois dans sa jeunesse et dans sa maturité. Aujourd'hui, on pencherait plutôt pour l'inverse. 

 

Analogie historique 

 

Pourquoi une telle erreur de jugement ? Le millésime 1959 était né sous un soleil abondant, ce qui avait permis de bien faire mûrir les raisins, trop même, d'où une chute importante de l'acidité. Or l'acidité était considérée comme le facteur le plus important du vieillissement grâce à ses propriétés antiseptiques. Mais elle n'est pas la seule, car la mémoire est courte. 

Une génération plus tôt, le 1929 s'était déjà inscrit dans la légende avec une année chaude et sèche qui a produit des vins tout aussi sublimes, d'ailleurs toujours fringants. Débouché il y a quelques semaines, un domaine de Chevalier 1929, un grand vin des Graves, a été jugé «superbe de jeunesse et de fruit avec un incroyable velouté» par Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde. 

Plus loin dans le temps, les 1899 et 1869 sont toujours aussi étonnants de jeunesse comme le démontrent les splendides dégustations de la maison Bouchard Père et Fils en Bourgogne. En ajoutant le jeunot millésime 1989, qui se situe à la même altitude, les férus de numérologie auront remarqué que tous les vingt ou trente ans apparaît avec une grande régularité un grand millésime qui défraye la chronique, sans que l'on ne sache trop pourquoi. Un autre mystère. 

Ces grands millésimes pourraient rester aux rangs de plaisantes curiosités s'ils ne préfiguraient pas les millésimes récents, baignés de chaleur et de soleil, indéniables signes du réchauffement de la planète, dont la fréquence augmente. Avec la même question quasi existentielle des grands vins : «vieilliront-ils ?» L'analogie historique donne une réponse sans ambiguïté : malgré leurs acidités basses, ils vieilliront avec grâce, car ils partagent avec leurs prédécesseurs une autre caractéristique commune, la concentration, qui est l'autre facteur clé.

 

Brillants champagnes en 1979

 

La concentration explique d'ailleurs la beauté d'un autre millésime en 9, le 1949, dont une dégustation tenue il y a quelques années au Carré des Feuillants avait démontré la grandeur. Le temps n'était pas imperturbablement beau comme pour les autres, mais la concentration était au rendez-vous, ce qui a engendré un grand millésime classique.

Alors que tous ces millésimes cités sont très réussis à peu près partout en France, les 1999 et 1969 sont un peu moins universels en raison de réussite moins évidente des bordeaux ; il faut se déporter un peu plus à l'ouest, en Bourgogne et dans le Rhône, pour trouver des grands vins. Quant aux 1979, place aux brillants champagnes.

Excepté 1939 où la France était occupée à d'autres tâches, les années en 9 forment, plus que toute autre, une série brillante de millésimes. Hasards de la climatologie ou de la numérologie ? Le millésime 2009, qui s'achève, s'inscrit dans cette lignée avec un chaud mois d'août et un ensoleillé mois de septembre, gage de grands vins."

 

Et si cette magie du 9 se perpétue, il serait de bon augure de laisser reposer quelques précieuses bouteilles de ce millésime 2009 dans un écrin à la hauteur de ses ambitions. Les caves d’Au Bonheur du Vin sont à leur disposition.

 

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